Pourquoi veut-on toujours une guitare de plus ?

pourquoi on veut toujours plus de guitares

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Dans une vidéo YouTube intitulée « Ce n’est pas ta faute si tu veux toujours une guitare de plus », je me pose une question que beaucoup de musiciens connaissent : pourquoi a-t-on sans cesse envie d’acheter du nouveau matériel, même quand on n’en a pas besoin ? Pour y répondre, j’ai fait appel à un philosophe du XVIIIe siècle, à une étude scientifique… et à mon propre panier d’achats.

Un « syndrome » qui porte un nom

Je commence par présenter le GAS, pour Gear Acquisition Syndrome, qu’on peut traduire par « syndrome d’acquisition de matériel ». L’expression est née dans les années 1990 dans le magazine américain Guitar Player : un auteur s’y demandait, avec ironie, combien de Stratocaster (un modèle célèbre de guitare) il fallait posséder pour être enfin heureux. La réponse est connue de tous les guitaristes : toujours une de plus que celles qu’on a ! Le terme s’est ensuite étendu à tout le matériel musical : amplis, pédales d’effets, etc.

L’effet Diderot : quand le neuf rend tout le reste démodé

Je m’appuie ensuite sur Denis Diderot, philosophe des Lumières. Dans un texte de 1772, Regrets sur ma vieille robe de chambre, Diderot raconte qu’on lui a offert une robe de chambre très élégante. À côté d’elle, tous ses autres objets lui ont soudain paru vieux et laids, et il a fini par les remplacer un à un. Il se décrit alors comme devenu « l’esclave » de la nouveauté.

Je pense que ce mécanisme s’applique parfaitement à moi et aux guitaristes.

Après m’être offert un bel ampli, j’ai trouvé que mes guitares n’étaient plus « à la hauteur ». J’ai donc commandé une nouvelle guitare, puis une autre, puis une troisième… et je rêve déjà d’une PRS, puis de pédales haut de gamme. Chaque achat rend le reste démodé : la nouvelle guitare rend l’ampli ringard, le nouvel ampli rend les pédales ringardes, et ainsi de suite. C’est une spirale sans fin.

Acheter pour mieux jouer ?

Autre idée : on a souvent l’impression qu’un nouvel instrument va nous rendre meilleur. Je reconnaîs qu’il y a une part de vérité : avec une guitare neuve, on joue beaucoup plus, par curiosité et par plaisir. Mais à 1 000 € la guitare, cela revient cher la séance de travail ! Je conseille donc plutôt des pédales ou des multi-effets bon marché (20 à 100 €) : un son nouveau suffit parfois à relancer l’envie de jouer pendant une semaine, et c’est dans ces moments-là qu’il progresse.

Selon moi, une belle guitare ne change pas nos doigts, mais elle change l’image que l’on a de soi !

Le mythe du Stradivarius

Enfin, j’évoque une étude menée notamment par des chercheurs du CNRS sur les violons. Les Stradivarius, fabriqués il y a environ trois siècles, sont réputés être les meilleurs du monde et valent des fortunes. Des violonistes solistes de très haut niveau ont comparé, à l’aveugle, des Stradivarius et des violons modernes fabriqués par des luthiers.

Surprise : ce sont les violons neufs qui ont été jugés les meilleurs, en particulier pour leur son qui porte loin. L’expérience a été refaite devant un public, avec le même résultat. La leçon est claire : la réputation et le prix d’un instrument influencent notre jugement plus que nos oreilles.

Conclusion

Vouloir toujours plus de guitares n’est pas une maladie : c’est surtout le reflet de notre société de consommation, et ce sont avant tout ses moyens financiers qui le freinent.

Je termine avec humour en avouant que regarde déjà les guitares Jazzmaster…