Je vous parle de ma plus grosse erreur faite sur l’achat d’une guitare : une Fender Telecaster et pourquoi j’en ai acheté une autre quand même après.
Il y a des achats dont on parle volontiers, et d’autres qu’on préfère laisser au fond d’un étui. Celui-ci appartient à la seconde catégorie : en 2006, j’ai acheté une Fender Telecaster américaine… et je ne l’ai pratiquement jamais jouée. Vingt ans plus tard, j’ai enfin compris pourquoi, et je crois que cette histoire peut éviter la même déconvenue à pas mal de guitaristes.
Un rêve d’adolescent né devant la télévision
Tout commence devant un live diffusé sur Canal+. Radiohead, la période OK Computer, et il me semble bien que c’était Paranoid Android. Ce jour-là, je ne suis pas tombé amoureux d’un son : je suis tombé amoureux d’une forme. Cette silhouette de Telecaster ne m’a plus jamais quitté au point qu’aujourd’hui, j’entretiens un site entièrement consacré à ce modèle, où j’essaie de tout documenter.
À la fin du lycée, je jouais dans un petit groupe monté avec des gamins de ma rue. L’un d’eux avait une Telecaster japonaise noire branchée dans un Marshall transistor de 30W ; largement de quoi faire du bruit. Quand j’ai posé les mains dessus, elle m’a paru incroyable. Pendant quatre ou cinq ans, j’ai gardé cette guitare en tête avec une idée fixe : dès que j’aurai un salaire qui me permet d’économiser, j’achèterai une Telecaster.
Six ans d’économies, une Highway One, et un malaise
Il m’a fallu six ans. Quand je me suis installé seul, la Telecaster a été à peu près le premier achat « plaisir » que je me suis autorisé, juste après un micro-ondes et un frigo.
Je voulais une vraie Fender et dans ma tête d’alors, une vraie Fender, c’était forcément une américaine. À l’époque, Fender proposait la série Highway One : fabriquée aux États-Unis, avec des spécifications particulières et surtout un vernis nitro très fin et satiné. C’est d’ailleurs pour ça qu’on trouve tant d’exemplaires magnifiquement usés aujourd’hui : ces finitions se « reliquent » toutes seules. Ma version avait des frettes jumbo. Je la voulais manche érable, et pas noire : donc j’ai pris la finition 3 tones sunburst.
Introuvable en magasin, je l’ai donc commandée en ligne. Le jour de la livraison a été magnifique, je m’en souviens encore. Ma première vraie Fender, la guitare de mes quinze ans, livrée dans un étui plutôt sympa.
Puis je l’ai jouée. Et ça n’allait pas.
Ce n’était pas une question de son : mon oreille n’était pas assez développée à l’époque pour juger la qualité d’un micro, et le son correspondait à ce que j’avais en tête. Ce n’était pas non plus l’esthétique car l’esthétique compte énormément pour moi, et l’instrument était clairement beau. C’était le confort de jeu. Je n’arrivais tout simplement pas à jouer dessus.
C’est là que le malaise s’installe. Vous désirez un instrument pendant des années, il arrive enfin, et ça ne prend pas, sans que vous compreniez pourquoi. Résultat : je l’ai rangée très vite. Pendant des années, elle est restée à côté d’une autre électrique bas de gamme franchement dégueulasse… que je jouais davantage. Cherchez l’erreur.
Ce que j’ai fini par comprendre : le manche avant tout
Avec le recul et l’expérience, deux explications se sont imposées.
1. Une différence de quelques millimètres qui change tout
L’élément le plus déterminant pour moi sur une guitare électrique, c’est le manche. La Highway One avait un manche légèrement plus large au sillet : autour de 43 mm, contre 41 à 42 mm sur les instruments avec lesquels je me sens bien. À peine un millimètre de plus et pourtant cette différence est fondamentale dans ma façon de jouer.
Je le trouvais aussi un peu plus épais, même si je nuance aujourd’hui : j’ai depuis d’autres guitares à manche épais sur lesquelles je me sens très bien. La largeur, elle, ne pardonne pas.
C’est pour ça qu’aujourd’hui, quand je regarde les spécifications d’une guitare en ligne, je scrute d’abord le profil et les mesures du manche, et je me renseigne beaucoup avant d’acheter.
2. Une guitare probablement très mal réglée
Il est fort probable, aussi, que cette Highway One ait été très mal réglée. Je n’en avais aucune idée : je pensais naïvement qu’un instrument neuf arrivait parfaitement réglé, et je n’avais pas conscience qu’un réglage était nécessaire, même sur du neuf.
On me dira que tout le monde sait ça. Eh bien non. Quand on a une petite vingtaine d’années et qu’on ne joue pas de la guitare depuis longtemps, on ne le sait pas du tout.
L’épilogue : je l’ai revendue (et je le regrette un peu)
J’ai fini par m’en séparer, à contrecœur, après une quinzaine d’années (voire plus) passées à ne pas la jouer. Il fallait de toute façon une guitare un peu meilleure que celle que j’utilisais.
Aujourd’hui, je le regrette un peu. Avec le recul, je suis convaincu que, portée chez un luthier compétent, elle serait devenue une super guitare pour 50 à 100 €. Je ne l’ai pas fait, parce que je ne le savais pas. Je le sais maintenant, notamment parce que j’ai acheté depuis des instruments moins chers, justement pour faire mes propres essais de réglage.
Et c’est ce qui m’a permis de trouver ma Telecaster actuelle : une Squier 40e anniversaire, dénichée à peu près au moment de sa sortie, après plusieurs mois, presque un an, de recherche. Cette fois, réglage complet dès la sortie du carton : courbure du manche au truss rod, hauteur de cordes, intonation. J’ai ensuite changé le micro, parce que j’ai désormais des préférences assez précises et sur Telecaster, je joue pratiquement tout le temps le micro manche.
Je n’ai d’ailleurs pas renoncé à la Telecaster, bien au contraire : j’en ai deux, dont une issue d’un kit, et il y en aura sûrement une troisième, puis une quatrième, quand les économies le permettront.
La leçon à retenir
Si vous ne deviez retenir que deux choses de cette histoire :
- Réglez vos guitares dès qu’elles arrivent. Neuve ne veut pas dire réglée. Un bon réglage transforme un instrument frustrant en instrument agréable, pour une somme dérisoire par rapport au prix de la guitare.
- Regardez les mesures du manche avant d’acheter. Largeur au sillet, profil, épaisseur : c’est souvent là que se joue le fait qu’un instrument devienne votre guitare principale… ou un objet de décoration.
Et surtout : n’achetez pas une guitare pour le logo sur la tête.
Et vous ? Quelle guitare avez-vous achetée en la désirant pendant des années… avant de ne pratiquement jamais y toucher ? Racontez-moi ça en commentaire — et pensez à vous abonner pour la suite.






