C’est officiel : la technologie de modélisation d’ampli la plus fidèle du moment ne coûte plus rien. Depuis quelques mois, une nouvelle version de NAM (Neural Amp Modeler) est disponible, et les premiers tests à l’aveugle sont sans appel : elle bat les références payantes du marché. Le tout avec une technologie libre, open source, que n’importe qui peut utiliser et qui coûte quelques euros à intégrer dans un multi-effets.
Les liens :
https://www.tone3000.com/guides/nam-a2-the-complete-guide#what-is-nam-architecture-2-a2
https://www.thomann.fr/fractal_audio_am4_amp_modeller.htm?offid=1&affid=2786
https://www.guitarworld.com/gear/plugins-apps/line-6-helix-stadium-native-intro
Headrush avec NAM : https://www.thomann.fr/headrush_flex_prime.htm?offid=1&affid=2786
oici ce qu’il faut retenir, et surtout ce que ça change concrètement pour nous, guitaristes.
Rappel : c’est quoi NAM ?
Neural Amp Modeler est une technologie de modélisation d’amplificateurs libre et gratuite. Elle fonctionne aussi bien sur ordinateur (en plugin dans votre DAW) que dans des appareils matériels type multi-effets.
Point important : NAM est un moteur de modélisation. Pour obtenir un son, il faut ensuite charger des profils : des captures d’amplis ou de baffles. C’est là qu’intervient la plateforme Tone3000, qui héberge une immense bibliothèque de captures.
La nouveauté, c’est une architecture entièrement repensée, plus performante, déclinée en deux versions :
- NAM A2 Full : le modèle complet, le plus fidèle ;
- NAM A2 Lite : une version allégée, pensée pour tourner sur du petit hardware.
Le test à l’aveugle : plus de 1000 guitaristes, et un verdict brutal
Tone3000 a publié il y a quelques semaines un guide détaillé accompagné des résultats d’un test à l’aveugle mené auprès de plus de 1000 participants.
Le protocole : comparer l’enregistrement d’un véritable amplificateur avec ses versions modélisées (Neural DSP, TONEX, les modélisations Line 6) ainsi qu’avec NAM A2 Full et NAM A2 Lite. Les participants notaient la fidélité de restitution du son. Astuce méthodologique intéressante : le vrai ampli était lui aussi glissé dans le test, comme référence.
Les résultats :
- L’enregistrement réel de l’ampli sert de référence (note de 100) ;
- NAM A2 s’en approche de très près ;
- NAM A2 Lite obtient environ 96, ce qui est logique pour une version allégée ;
- et surtout, les deux versions devancent Neural DSP, TONEX et Line 6.
On peut légitimement être sceptique face à un test publié par la partie prenante — c’est une réaction saine. Mais à la décharge de Tone3000, les données du test sont publiques et la méthodologie est plutôt bien documentée. On y reviendra plus bas pour la nuance qui compte vraiment.
Le vrai choc : 3 dollars de processeur
Voilà l’information qui devrait vraiment inquiéter les fabricants : NAM A2 Lite tourne sur un processeur ARM Cortex à 600 MHz, un composant qui coûte environ 3 dollars l’unité en achat groupé.
Ce n’est pas une puce exotique : c’est exactement le type de processeur qu’on trouve déjà dans une bonne partie des multi-effets du marché. Autrement dit, la barrière technique et économique vient de tomber.
Et ce n’est qu’un début. Pour l’instant on fait tourner la version Lite sur du petit hardware, mais il est raisonnable de penser que d’ici un an environ, des appareils feront tourner le modèle A2 complet de manière très correcte.
Les réactions du marché sont déjà là
Line 6 dégaine le gratuit
La réaction la plus visible vient de Line 6. Et pour cause : NAM tourne sur ordinateur, donc directement en concurrence avec les plugins propriétaires utilisés en studio.
Leur réponse a été de lancer une version gratuite de leur plugin, avec un contenu plutôt correct : deux amplis guitare, un ampli basse, un Klon Centaur, une Tube Screamer et une ProCo RAT. La version payante, elle, se situe entre 100 et 400 dollars.
Le calcul est transparent : proposer la gratuité pour garder les utilisateurs dans l’écosystème, en misant sur le fait qu’une fois nos petites habitudes prises, on finira par passer à la caisse.
Fractal casse (un peu) les prix
Fractal Audio a également réagi avec l’AM4 Amp Modeler, autour de 900 € ce qui, pour du Fractal, est vraiment agressif. La marque met en avant sa dernière génération de modélisation, mais sur le terrain de la fidélité pure, elle est aujourd’hui devancée par NAM.
La vague Tone3000
De plus en plus de constructeurs se branchent directement sur la bibliothèque Tone3000 :
- Darkglass a mis à jour son multi-effets pour se connecter directement à la librairie ;
- HeadRush a fait de même sur toute sa gamme (Prime, Core, Flex Prime) des machines plutôt haut de gamme ;
- Blackstar avec le Beam Solo, compatible NAM 2 ;
- ainsi que Sonulab (Stomp Station), Undertone, ou encore le Lava Studio.
L’intérêt : on va piocher un profil dans la bibliothèque en ligne et on le charge directement dans la machine.
⚠️ La nuance à connaître absolument : « compatible NAM » ≠ NAM
C’est le point le plus important de cet article avant d’acheter quoi que ce soit.
Certains multi-effets qui se disent compatibles NAM ne font pas tourner de vrais modèles NAM. Sonicake, Sonulab, Valeton, NUX et d’autres procèdent à une conversion : ils transforment le profil NAM vers leur propre format propriétaire. Ce ne sont donc pas de véritables modèles NAM, et la qualité sonore n’est pas la même.
C’est d’ailleurs précisément pour ça que la version A2 Lite a été développée : elle devrait pouvoir tourner nativement sur ce type d’appareils, dès que les mises à jour arriveront.
Si vous possédez un produit annoncé « compatible NAM », vérifiez donc s’il s’agit d’un vrai moteur NAM ou d’une conversion.
Mon avis après test : excellent au casque, mais…
J’ai testé NAM 2, et je confirme : les sons sont très convaincants. Par rapport aux références que j’ai en tête, et à ce que j’ai pu écouter d’un bon nombre d’amplis, ça fonctionne vraiment très bien. J’ai même une préférence pour l’A2 Lite, que je trouve un peu plus réactif ; il faut se souvenir qu’il subsiste toujours une petite latence de réponse. On s’y fait très vite, mais elle peut être notable, en tout cas sur une machine qui n’est pas très puissante.
Mais voici la limite réelle de l’exercice : le test à l’aveugle se fait à l’écoute, au casque. Et c’est exactement dans ce cadre que la technologie excelle, parce qu’on est arrivé à un niveau où l’on restitue très fidèlement le son d’un ampli.
Quand on joue réellement dessus, guitare en main, c’est une autre histoire. Les sensations de jeu, la réponse sous les doigts, restent différentes d’un vrai amplificateur — et les différences sont, à mon sens, assez importantes.
Ce que ça veut dire pour l’avenir de l’amplification
Pendant 60 ans, on a payé pour le son. Aujourd’hui, on ne paiera plus pour le son : on paiera pour l’expérience, l’appareil, les boutons, l’ergonomie, la facilité d’utilisation. On achètera la marque et la boîte autour du moteur.
C’est évidemment inquiétant pour tous les systèmes de modélisation haut de gamme — Fractal, Kemper, HeadRush, mais aussi le Fender Tone Master. Si ces appareils n’évoluent pas rapidement vers cette technologie, ils seront dépassés en quelques mois. Et avec les comparatifs sonores qui vont fleurir sur YouTube dans les prochains mois, les gens finiront par se détourner : payer 1000 € pour un son qui n’est pas au niveau ne sera tout simplement plus tenable.
Ma prédiction : je ne serais pas surpris de voir une marque sortir un appareil compatible NAM 2 autour de 50 ou 60 € avec des sons très convaincants. Je pense typiquement au TONEX One, déjà très bon, ou à NUX une fois passé au vrai modèle A2 Lite.
Ce qui pose la vraie question de fond : le jour où tous les multi-effets tourneront sous Neural Amp Modeler et sonneront à peu près pareil, pourquoi paierait-on plus cher ?






