Le guitarmaxxing : jusqu’où peut-on pousser une guitare pas chère ?

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Il y a 6 ans, j’ai acheté une guitare pas chère et pleine de défauts. Je l’ai payée 110 euros. Normalement, ce genre d’instrument finit revendu au bout de quelques mois. Sauf que celle-là, je l’ai gardée. Je l’ai démontée, j’ai changé plein de pièces, et j’ai passé les six dernières années à la modifier. J’ai un mot pour ça : le guitarmaxxing. Pousser une seule guitare à son maximum absolu.

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Et ce que j’ai surtout découvert, c’est le seuil à partir duquel une guitare cesse de s’améliorer. Voici mon classement des modifications, de la moins efficace à la plus efficace. La fin va peut-être vous surprendre.

6. Les mécaniques

C’est pour moi la chose la moins importante. J’ai monté des mécaniques à blocage, tout simplement parce que j’aime bien ça. Mais soyons clairs : ça ne change pas le son.

Les puristes vous diront que ces mécaniques sont plus lourdes et que ça modifie forcément le son. Peut-être. Moi, je ne l’entends pas vraiment. Est-ce que ça aide à tenir l’accordage ? Peut-être un peu, mais franchement ça ne change pas grand-chose.

Le seul cas où ça vaut vraiment le coup, c’est quand les mécaniques d’origine sont complètement pourries. Là, oui, foncez.

5. L’esthétique

Alors là, c’est totalement subjectif. J’aime avoir une guitare qui me correspond. La mienne a des autocollants un peu n’importe quoi, des flammes, des petits bonshommes. J’ai même essayé d’enlever la peinture, sans succès.

Le relic peut avoir un vrai effet si on retire la finition et que le bois se met à mieux vibrer, moins compressé dans une couche de plastique. Parce que sur cette guitare, la finition, c’est du vernis plastique, il ne faut pas se raconter d’histoires.

Mais dans les faits, ce que l’esthétique change surtout, c’est notre envie d’attraper l’instrument pour jouer. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas non plus une transformation sonore.

4. Le sillet

Sur ma guitare, le sillet a juste été légèrement repris. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il doit être très bien réglé pour la largeur des cordes.

Mon astuce : un peu de lubrifiant PTFE, un genre de téflon, dans les encoches. Ça coûte trois fois rien et ça empêche la corde de rester bloquée. Je trouve que ça améliore énormément la tenue d’accord. Il existe des petits outils pas chers pour travailler les sillets, c’est un investissement très raisonnable.

3. Le chevalet

Je ne l’ai pas encore changé, et pour une bonne raison : je ne sais toujours pas ce que je veux mettre.

J’hésite entre un bon gros chevalet type Stratocaster avec un bloc en acier bien lourd, ou tout simplement un chevalet fixe. Comme je ne me sers jamais du vibrato, le chevalet fixe se défend.

En tout cas, le chevalet change clairement le son. Et il change aussi le confort, surtout si vous jouez beaucoup en palm mute comme moi. En mieux ou pas ? Difficile à évaluer à l’avance. On verra bien.

2. Les micros

Là, on touche à quelque chose de concret. J’ai remplacé les micros Wilkinson céramique d’origine par des micros Alnico, vendus comme typés Strat début 60. J’ai gardé les caches d’origine, donc il est toujours écrit Wilkinson dessus.

Passer de céramique à Alnico, ça change vraiment le son. Aucun doute là-dessus.

Mais ce n’est quand même pas le plus important.

1. Le réglage complet

Voilà la vraie réponse. La chose la plus importante à faire sur une guitare pas chère, c’est un réglage complet.

Parce que si vous ne réglez pas la hauteur des micros correctement, changer les micros ne sert à rien. Si vous ne touchez pas à l’électronique, si vous ne remplacez pas les pièces défectueuses ou les condensateurs, si vous ne refaites pas les soudures douteuses, tout le reste ne sert à rien non plus.

Le réglage complet, pour moi, c’est :

  • reprendre le sillet
  • reprendre les frettes pour qu’elles ne dépassent pas du manche et ne coupent pas les doigts
  • limer et mettre les frettes de niveau pour que ce soit vraiment jouable
  • régler la courbure du manche avec le truss rod
  • régler l’intonation
  • régler l’action

C’est du travail, mais c’est ça qui transforme une guitare pas chère.

Les limites du guitarmaxxing

Attention quand même. Tout ça a des limites, et je le vois bien quand je teste d’autres guitares.

La limite principale, c’est que la lutherie ne change pas. La manière dont les bois vibrent reste la même, sauf peut-être en refaisant un finish complet, ce que je n’ai jamais tenté. Je le ferai peut-être un jour.

On change le son avec les micros. On change la jouabilité, l’instrument devient plus confortable. Mais l’identité profonde de la guitare, elle, ne bouge pas.

Le bilan

110 euros la guitare, et environ 100 euros de modifications au total : micros, mécaniques, outils, sans compter le temps passé et les soudures refaites.

On n’arrive évidemment pas au niveau d’une Fender Stratocaster à 2000 ou 3000 euros. Mais face à une mexicaine, ça fait clairement illusion. Et je considère que cette guitare est largement au niveau des Squier Classic Vibe que j’ai pu tester, pour à peu près deux fois moins cher.

Dernière chose, et c’est important : maxer sa guitare ne maximise pas le guitariste. Il faut quand même toujours apprendre à jouer correctement. Ça me concerne aussi, croyez-moi.