Une réflexion sur le marché spéculatif des guitares vintage Fender et Gibson, entre prix qui s’envolent, pièces de rechange à l’authenticité douteuse et contrefaçons difficiles à détecter. En s’appuyant notamment sur les propos de Slash, l’auteur interroge l’intérêt réel de ces instruments face à des rééditions modernes capables d’en approcher le son à 95-99 %.
Ce qu’en pense Slash
Le point de départ de cette réflexion est une citation du guitariste de Guns N’ Roses, qui résume bien le débat : à moins de vouloir accrocher l’instrument au mur d’un musée, une bonne guitare neuve peut aujourd’hui offrir tout ce qu’on attend d’un instrument, sans dépenser une fortune. Les guitares vintage souffrent en effet souvent de problèmes de réglage, de bois qui a bougé avec le temps, de composants usés et de mécaniques fatiguées. Certaines sonnent très bien, d’autres beaucoup moins — d’où l’importance de ne jamais acheter à l’aveugle.
Des prix devenus spéculatifs
Les guitares des années 50 et 60 s’échangent aujourd’hui entre 30 000 et 40 000 €, parfois moins pour des modèles moins recherchés comme la Duo-Sonic (2000 à 4000 €). Même des instruments récents et non vintage voient leur cote grimper de façon disproportionnée : une Gibson Melody Maker de 2010, vendue 300 € à sa sortie, se négocie aujourd’hui entre 800 et 1500 € sur Reverb. Le même phénomène touche les pédales d’effet, à commencer par la fameuse Klon Centaur, qui s’échange entre 3000 et 6000 € malgré une production initiale de plusieurs milliers d’exemplaires — et l’existence de clones qui sonnent tout aussi bien.
Deux questions à se poser avant d’acheter
La première question est simple : cherche-t-on le son, ou l’investissement ? Sur le plan sonore, les rééditions modernes de qualité permettent de s’approcher très fortement — 95 à 99 % selon l’auteur — du son des vieilles guitares vintage, rendant la dépense parfois superflue si seul le son compte.
Sur le plan de l’investissement, le problème est différent : pour ne pas perdre de valeur, un instrument vintage doit rester le plus proche possible de son état d’origine, ce qui pousse paradoxalement à ne presque jamais le jouer. Remplacer un trémolo ou des mécaniques abîmées par des pièces non d’origine fait immédiatement chuter la valeur de l’instrument.
Le marché trouble des pièces vintage
Cette contrainte a fait naître un commerce de pièces vintage d’occasion à l’authenticité difficile à vérifier, disponibles sur Reverb, eBay ou même AliExpress. Les techniques d’usinage actuelles permettent aujourd’hui de reproduire d’anciennes pièces avec une précision telle — parfois jusqu’à la composition du métal — qu’il devient quasiment impossible de garantir l’authenticité de tous les éléments d’une guitare vintage, même auprès d’un vendeur de bonne foi.
Le problème des contrefaçons
Au-delà des simples pièces détachées, certaines guitares vintage sont entièrement contrefaites. Le phénomène touche particulièrement les modèles rares et recherchés, comme les Telecaster Blackguard, Nocaster ou Broadcaster, dont il n’existe que très peu d’exemplaires authentiques — et pourtant, on en retrouve régulièrement en salles des ventes, une situation difficile à expliquer qui alimente le doute sur l’authenticité de ces instruments.
Même les pros n’en jouent pas forcément
Un dernier argument mérite d’être souligné : de nombreux guitaristes de haut niveau, comme John Mayer, ne jouent pas sur de véritables instruments vintage. Mayer utilise aujourd’hui une PRS Silver Sky, et jouait auparavant une Fender Custom Shop reproduisant l’aspect usé d’une Stratocaster des années 60 — sans en être une authentique. Ce choix ne s’explique pas uniquement par des raisons de coût, ces musiciens ayant largement les moyens de racheter un instrument perdu ou volé, un risque d’ailleurs devenu rare aujourd’hui comparé aux décennies passées. Le confort de jeu et la fiabilité semblent peser bien davantage dans la balance que le prestige d’un instrument d’époque.

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