L’ étrange Histoire de SQUIER.

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Bien avant de devenir la sous-marque abordable de Fender, Squier était le nom d’un authentique fabricant de violons et de cordes fondé en 1881, devenu fournisseur exclusif des cordes Fender puis racheté par Leo Fender en 1965. Entre production japonaise saluée, guitares Made in USA quasi-confidentielles et une Stratocaster Silver Series jouée par George Harrison vendue 29 000 dollars, l’histoire de la marque est bien plus riche qu’il n’y paraît.

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Un nom de famille, pas une invention marketing

La plupart des guitaristes connaissent Squier comme la sous-division abordable de Fender, mais peu savent que la marque existe depuis près de 150 ans. Tout commence avec Jérôme Bonaparte Squier, un fabricant de violons émigré du Royaume-Uni, qui s’installe à Boston en 1881. Sa réputation grandit rapidement au point qu’on le surnomme le « Stradivarius américain » — on estime qu’il a fabriqué entre 500 et 600 violons durant sa carrière, aujourd’hui recherchés par les collectionneurs.

Son fils, Victor Carroll Squier, fonde en 1890 la VC Squier Company à Battle Creek, dans le Michigan, d’abord pour produire des cordes de violon. Vers 1900, l’entreprise se diversifie vers les cordes de banjo et de guitare, et parvient à produire plus de 1000 cordes par jour — une performance notable pour l’époque.

De fournisseur de cordes à propriété de Fender

Lorsque Leo Fender commercialise sa guitare solid body électrique à la fin des années 1940 — la Broadcaster, puis la Telecaster — l’instrument a besoin de cordes entièrement métalliques. Fender se tourne naturellement vers Squier, qui devient fournisseur exclusif de cordes vendues sous la marque Fender dès 1963. Deux ans plus tard, en 1965, Leo Fender rachète directement l’entreprise Squier.

La riposte japonaise et la naissance de la marque Squier telle qu’on la connaît

Dans les années 1970, Fender — alors racheté par le groupe CBS — voit ses guitares américaines jugées moins bonnes et plus chères que les copies japonaises signées Tokai, Ibanez, Greco ou Fernandes. Au début des années 80, Fender décide de contre-attaquer en délocalisant une partie de sa production au Japon : dès mars 1982, des Telecaster et Stratocaster « Made in Japan » sortent des usines, avec le logo Fender toujours présent.

Fender crée alors une nouvelle marque pour ses instruments les plus abordables, afin de mieux différencier ses gammes et de contrer la concurrence asiatique. C’est le nom Squier, toujours propriété de Fender depuis 1965, qui est choisi. Les premières Squier sortent en 1982 de l’usine japonaise Fujigen, la même que les Fender Made in Japan de l’époque — avec, au départ, un petit texte « Squier » à côté d’un gros logo Fender. La qualité fait rapidement l’unanimité, certains considérant même ces Squier japonaises supérieures aux Fender mexicaines ou américaines de l’époque, une période pourtant peu glorieuse pour la qualité Fender.

Craignant que ces guitares affichant un gros logo Fender ne cannibalisent les ventes américaines, la maison mère fait remplacer ce logo par « Squier », accompagné d’un discret « by Fender », dès la fin 1982 — les modèles avec le gros logo Fender-Squier n’auront donc été produits que quelques mois.

L’expansion américaine et les années Corée

D’abord réservées à l’Europe, les Squier finissent par être commercialisées aux États-Unis, avec en tête de gondole une réédition de Stratocaster grosse tête façon années 70 — un modèle pourtant peu populaire — qui se vend étonnamment bien. D’autres modèles suivent, avec des caractéristiques plus modernes comme l’étrange Squier Katana, pendant que la gamme Fender conserve des spécifications vintage.

En 1985, CBS revend Fender à un groupe de salariés, qui introduit une gamme « Contemporary », déclinée également chez Squier. Vers 1987-1988, la hausse des coûts de production au Japon pousse Fender à déplacer la fabrication vers la Corée, répartie entre plusieurs usines (Samick, Cort…) selon les disponibilités — d’où des écarts de qualité parfois notables entre exemplaires d’un même modèle.

L’épisode Made in USA et la Squier la plus chère de tous les temps

Rebondissement en 1991 : Fender sort de très rares Squier « Made in USA », assemblées aux États-Unis à partir de pièces en grande partie fabriquées à l’usine mexicaine. Les contraintes pour conserver ce label s’avèrent trop lourdes, et la production s’arrête rapidement — ces exemplaires sont aujourd’hui très recherchés sur le marché de l’occasion. Début des années 90, une production japonaise est relancée, mais réservée au marché britannique. C’est de cette série Silver qu’est issue la Stratocaster jouée par George Harrison, plus tard vendue aux enchères pour plus de 29 000 dollars — la Squier la plus chère jamais vendue.

La production chinoise et indonésienne, jusqu’à aujourd’hui

Milieu des années 1990 : Fender relance véritablement la stratégie d’accessibilité de Squier, en démarrant la production en Chine dès 1995, puis plus tard en Indonésie — l’origine des Squier vendues aujourd’hui, dont la qualité reste en retrait par rapport aux séries japonaises ou coréennes historiques. Face à une concurrence toujours plus vive (Yamaha, Ibanez…), Squier obtient à cette époque une direction dédiée et lance en 1996-97 plusieurs gammes : Standard (devenue l’actuelle Affinity), Prototone et Vista.

La gamme Prototone, positionnée en haut de gamme pour musiciens exigeants, entre en contradiction avec la stratégie de prix bas de la marque et se solde par un échec commercial — les guitaristes préférant les Fender mexicaines à prix similaire. La gamme Vista, plus contemporaine, donne naissance à des modèles comme la Jagmaster (croisement Jaguar à micros doubles) ou la Squier Venus, conçue avec la chanteuse-guitariste Courtney Love du groupe Hole. C’est aussi en 1996 que sort le premier pack Squier (guitare, petit ampli, accessoires), une formule toujours commercialisée aujourd’hui.

Les années 2000 et la réputation actuelle

Dans les années 2000, Squier devient l’une des marques de guitares les plus vendues au monde en volume. La marque explore aussi des terrains plus audacieux, ressuscitant d’anciens modèles Fender oubliés (Duo-Sonic, Cyclone) ou tentant des séries expérimentales inspirées des guitares De Armond, rachetées par Fender — un échec commercial notable connu sous le nom de série 24.

Squier rebondit ensuite avec les séries Vintage Modified, puis Classic Vibe, qui installent durablement la réputation de la marque dans le segment milieu de gamme, plébiscité par des guitaristes de tous niveaux. Entre les rééditions récentes comme la Cyclone ou la Paranormal Troublemaker Telecaster et l’héritage d’un modèle culte comme la Squier 51, la marque continue aujourd’hui de permettre à de nombreux musiciens de se faire plaisir sans se ruiner, en attendant peut-être une vraie Fender.

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