Après sa victoire judiciaire en Allemagne, Fender aurait envoyé des mises en demeure à des dizaines de fabricants commercialisant des guitares de forme Stratocaster en Europe, sous peine d’amendes de 250 000 €. Une offensive juridique aux conséquences potentiellement lourdes pour la diversité et la concurrence sur ce segment du marché.
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Une offensive juridique généralisée
Faisant suite au procès gagné en Allemagne quelques mois plus tôt, Fender aurait mandaté un cabinet d’avocats basé à Munich pour envoyer des courriers de mise en demeure à des dizaines de fabricants de guitares électriques utilisant la forme Stratocaster en Europe. Ces informations, largement documentées par le youtubeur américain Phillip McKnight (chaîne New York Gear), révèlent l’ampleur de cette démarche.
Des menaces concrètes et un délai serré
Le courrier exigerait l’arrêt immédiat de toute commercialisation de guitares de forme Stratocaster en Europe, le rappel des instruments déjà chez les distributeurs, et leur destruction — sous peine d’une amende de 250 000 € en cas de non-conformité avant une date limite fixée à quelques jours seulement après réception du courrier.
Un paradoxe juridique transatlantique
Ce qui rend la situation particulièrement singulière : aux États-Unis, Fender n’est jamais parvenu à faire reconnaître juridiquement sa propriété exclusive sur la forme du corps de la Stratocaster, restée dans le domaine public — seule la forme spécifique de la tête reste protégée. En Europe, en revanche, le jugement allemand semble avoir ouvert la voie à une reconnaissance de cette forme comme propriété exclusive de Fender.
Qui peut se défendre ?
Les petites marques spécialisées (JD, Sire avec sa collaboration Larry Carlton, ou des constructeurs comme Or Mebar ou Delton) risquent de manquer des ressources nécessaires pour contester juridiquement cette décision, sauf à s’unir collectivement. Le véritable espoir de contestation viendrait plutôt de marques disposant de moyens financiers conséquents, comme Ibanez, PRS ou Yamaha, capables de porter l’affaire devant les tribunaux et de démontrer que cette forme, utilisée sans contestation depuis 1954 (soit 72 ans), a également permis de réelles innovations — à l’image des micros doubles ajoutés par Eddie Van Halen sur sa propre Stratocaster modifiée, ou des évolutions apportées par PRS sur sa Silver Sky.
Des conséquences potentiellement lourdes pour les consommateurs
Si Fender obtient gain de cause de façon définitive, les propriétaires actuels d’instruments de cette forme (Stratocaster, Silver Sky, Yamaha, JD, Harley Benton, etc.) conserveront évidemment leurs guitares — avec une probable hausse de valeur sur le marché de l’occasion. Mais pour les futurs acheteurs, cela signifierait un quasi-monopole de Fender sur cette forme emblématique : plus aucune alternative chez Squier mise à part, avec le risque d’une hausse des prix et d’un ralentissement de l’innovation, faute de concurrence directe. Un tel scénario pourrait aussi rediriger les guitaristes vers d’autres formes (Les Paul à micros simples, formes PRS) pour échapper à cette dépendance forcée à un seul groupe.
Un sentiment partagé
Malgré une préférence personnelle affichée pour Fender par rapport à Gibson, cette stratégie d’attaque envers de plus petites marques qui proposent des alternatives appréciées des guitaristes — souvent une porte d’entrée abordable avant, plus tard, l’achat d’un véritable instrument Fender — apparaît comme une décision commerciale décevante, aux conséquences potentiellement contre-productives pour l’ensemble de l’écosystème de la guitare électrique.

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