J’ai trouvé la première VRAIE Telecaster

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La Telecaster, souvent présentée comme la première guitare solid body, doit en réalité beaucoup à un inventeur californien méconnu, Paul Bigsby, qui construisit une guitare aux innovations similaires dès 1948 pour le guitariste Merle Travis. Fender a documenté avoir emprunté cette guitare pendant une semaine pour s’en inspirer, sans pour autant se contenter de la copier : le manche vissé, le nouveau chevalet et le sélecteur trois positions sont des apports propres à la marque.

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Une guitare pas si originale qu’il n’y paraît

La Telecaster est souvent présentée comme la première guitare solid body de l’histoire. C’est faux, avec une nuance importante : c’est la première guitare solid body produite en série. Le concept lui-même existait déjà, et il vient d’un inventeur californien bien moins connu que Leo Fender : Paul Bigsby.

Paul Bigsby, l’inventeur oublié

Paul Bigsby est surtout connu aujourd’hui pour son vibrato, encore largement utilisé sur les guitares Gretsch et Fender. Mais c’était avant tout un bricoleur passionné de moto et d’invention. À la fin des années 1940, le guitariste Merle Travis, célèbre pour sa technique de finger picking (le « Travis picking »), vient le voir. Travis aime le son des guitares lap steel et voudrait un instrument qu’on puisse porter comme une guitare classique tout en gardant ce son particulier.

En 1948, Bigsby lui livre une guitare qui répond à cette demande, avec plusieurs innovations majeures : toutes les mécaniques regroupées d’un seul côté de la tête (jusque-là réparties trois d’un côté, trois de l’autre, comme sur une acoustique), un corps non chambré entièrement en bois plein pour reproduire le son sec des lap steel, et un micro positionné pour aller chercher ce même timbre.

Comment Fender s’en est inspiré

Ce lien entre la guitare de Bigsby et la future Telecaster n’est pas une hypothèse : il est documenté. Fender a emprunté une guitare Bigsby pendant une semaine, le temps de l’étudier et de s’en inspirer. Bigsby lui-même ne semble pas en avoir pris ombrage : il n’avait aucune ambition de produire en série et n’a construit qu’une poignée de guitares dans sa carrière, moins d’une dizaine selon les estimations.

Sans cette guitare de 1948, Fender n’aurait peut-être pas trouvé aussi vite comment construire un instrument solid body viable. Mais réduire la Telecaster à une simple copie serait injuste : Fender a apporté ses propres innovations décisives.

Ce que Fender a réellement inventé

La guitare de Bigsby n’avait qu’un seul micro et pas de sélecteur. Fender ajoute un manche vissé (plus simple à fabriquer et à réparer), un nouveau chevalet, et surtout un sélecteur trois positions qu’on retrouvera sur l’Esquire, la version mono-micro de la gamme. Ces choix ont un impact direct sur la facilité de production et sur les possibilités sonores de l’instrument.

Une histoire d’inspirations en cascade

Cette généalogie ne s’arrête pas à Bigsby. La fameuse forme de tête de la Stratocaster, souvent présentée comme une signature Fender, existait déjà chez Bigsby — qui l’aurait lui-même reprise d’une guitare Martin de 1834. Même constat pour les Les Paul, dont l’inspiration remonte aux guitares classiques espagnoles.

Ce constat vaut pour l’ensemble de la lutherie électrique : très peu d’innovations sont créées ex nihilo. La plupart des grandes avancées sont des itérations sur des idées existantes, reprises, adaptées et améliorées d’une marque à l’autre. Accuser telle ou telle marque de « copier » ses concurrents mérite donc d’être nuancé : c’est le principe même de l’évolution de l’instrument depuis un siècle.

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